L'accord commercial entre les États-Unis et l'Inde pourrait reprendre de l'élan.
Selon plusieurs analystes, une nouvelle impulsion en faveur d’un accord commercial entre les États-Unis et l’Inde pourrait se dessiner, à mesure que la Maison-Blanche observe d’autres pays et grands blocs économiques intensifier leurs efforts pour réduire les barrières et les droits de douane.
L’élément déclencheur est la conclusion d’un accord de libre-échange majeur entre l’Inde et l’Union européenne, qui prévoit une suppression progressive des droits de douane sur la grande majorité des importations réciproques. Pour Washington, ce signal est clair : les grands marchés continuent de signer des accords ambitieux, et ils le font même lorsque la politique tarifaire américaine pèse sur l’environnement commercial.
Le timing est délicat pour les États-Unis. Washington dispose déjà d’un cadre commercial avec l’UE, qui maintient une structure de droits de douane de 15% sur les exportations européennes vers le marché américain. En revanche, les discussions avec l’Inde restent bloquées, alors même que les États-Unis ont imposé des droits de douane très élevés sur les produits indiens, de l’ordre de 50%. Si New Delhi obtient un accès plus fluide au marché européen, son éventail d’options s’élargit, ce qui peut influencer la dynamique, la séquence et le degré d’urgence des discussions avec les États-Unis.
Cela dit, l’accord avec l’UE ne condamne pas pour autant un accord États-Unis–Inde. Au contraire, il peut renforcer les incitations des deux côtés. Pour Washington, c’est un rappel que l’Inde construit activement un réseau d’accords commerciaux. Pour New Delhi, l’ouverture du marché européen diversifie les débouchés, mais ne remplace pas la valeur stratégique et économique d’une relation stabilisée avec les États-Unis, compte tenu de l’ampleur des échanges de biens et de services et du poids du partenariat de sécurité.
Côté indien, des responsables continuent d’affirmer que les discussions avec les États-Unis sont à un stade « très avancé », sans toutefois fournir de calendrier. Cette prudence suggère que le blocage ne porte pas sur l’intention politique générale, mais sur des chapitres sensibles, là où se jouent généralement les compromis finaux.
Les points de friction sont bien identifiés. Les États-Unis réclament un meilleur accès au marché agricole indien, un sujet hautement sensible sur le plan politique, compte tenu de la structure du secteur et de l’importance de l’électorat rural. Un autre sujet concerne l’énergie, notamment les pressions américaines visant les achats indiens de pétrole russe à bas prix. Ces dossiers sont difficiles parce qu’ils touchent à la politique intérieure et à la souveraineté économique, pas seulement à des ajustements tarifaires.
L’accord Inde–UE modifie le contexte mais pas l’équation de fond. En obtenant une alternative crédible sur un grand marché, l’Inde pourrait se sentir moins contrainte d’accepter des conditions jugées défavorables dans les discussions avec Washington. Toutefois, la plupart des exportateurs et des industriels privilégient des accès multiples aux grands marchés, et le marché américain demeure trop important pour être considéré comme secondaire. Le scénario le plus probable est donc une recalibration plutôt qu’un abandon : accélérer la réduction des écarts, tout en durcissant la négociation sur les chapitres les plus sensibles.
Les marchés et les entreprises suivront de près les signaux d’une accélération, qu’il s’agisse d’un accord intérimaire plus étroit, de concessions ciblées dans certains secteurs, ou d’un calendrier plus précis pour traiter les sujets les plus difficiles. L’enjeu, des deux côtés, est de produire un accord politiquement défendable. Aux États-Unis, cela passe par des gains visibles en matière d’accès au marché. En Inde, il s’agit d’éviter l’impression de céder sur l’agriculture, la sécurité énergétique, et l’autonomie stratégique.
En somme, l’accord Inde–UE ne garantit pas une percée États-Unis–Inde, mais il change la perception : il montre que l’Inde peut conclure des accords complexes, et que les grandes économies avancent sans attendre Washington. Si la Maison-Blanche considère cette dynamique comme un risque stratégique et commercial, elle pourrait relancer les discussions avec davantage d’urgence. Si elle estime au contraire qu’elle peut s’en accommoder, l’élan pourrait retomber.